La campagne de coupe 2026 a débuté le 13 juillet, avec un nouvel objectif de surface à couvrir. Cette année marque aussi plusieurs changements pour le pôle agricole du Groupe, du terrain jusqu’à l’organisation.

1640 hectares à couper, un objectif en hausse pour la campagne 2026
Nous visons cette année 1640 hectares de canne, contre 1506 hectares récoltés en 2025. Cette progression vient en grande partie de terrains en friche jusqu’ici jugés difficiles à exploiter, aujourd’hui restructurés pour accueillir des plantations mécanisées. De nouvelles parcelles ont aussi été identifiées dans les régions haute et basse du territoire, élargissant peu à peu l’étendue consacrée à la canne.

Cette surface vise une récolte de 131 000 tonnes de cannes, soit environ 80 tonnes à l’hectare. La coupe se fait mécaniquement, comme depuis plusieurs années : une coupeuse avance dans les rangs, coupe la canne au ras du sol, la tronçonne en plusieurs moceaux et la dépose directement dans une benne qui suit à ses côtés. Ce procédé permet de couvrir de grandes surfaces rapidement, là où le travail manuel demanderait beaucoup plus de bras et de temps.
Une irrigation ajustée pour compenser le manque de pluie
Une canne à sucre bien irriguée peut faire toute la différence sur son poids final au moment de la récolte. C’est justement ce qui a manqué entre décembre 2025 et mars 2026 : les pluies se sont raréfiées, et ce manque d’eau s’est prolongé jusqu’en avril.
Jacques-Edgar Béga, Field Manager, a dû revoir la stratégie d’irrigation avec ses équipes pour compenser ce déficit. L’objectif : donner à la canne les conditions nécessaires à une bonne récolte malgré la sécheresse.




Reste un défi : cibler précisément les zones à irriguer, et ajuster la quantité d’eau donnée. C’est là qu’interviennent quatre pluviomètres automatiques, installés cette année pour mesurer la quantité de pluie reçue à différents endroits. Grâce à ces données plus précises, les pratiques d’irrigation sont optimisées, ce qui rend l’utilisation de l’eau plus efficace.
Pourquoi tout démarre par la région basse ?
Le point de départ suit une logique géographique simple. La région basse, moins pluvieuse, peut démarrer la coupe en premier et suivre un cycle complet, du début jusqu’à la fin. La région haute, elle, reste plus difficile d’accès pour les machines en tout début de campagne à cause des pluies plus fréquentes : elle n’entre donc en jeu qu’à partir de la mi-coupe, une fois cette période passée.

Concrètement, la coupe débute le 13 juillet, avec une première journée réservée aux réglages : chaque machine a coupé une à deux corbeilles, le temps de vérifier que tout fonctionnait avant la cadence complète. Dès le lendemain, l’usine d’Omnicane est entrée en activité pour traiter les premières cannes. La coupe s’étalera sur 115 jours, avec une fin prévue pour la première semaine de décembre, et une marge possible jusqu’au 15 décembre en cas d’imprévu.
Investir dans son propre matériel
Beau Vallon Agri-Business a fait l’acquisition de nouvelles machines pour la coupe : une coupeuse, deux tracteurs et deux infields. Jusqu’ici, ce type de machines étaient entièrement loués le temps de la campagne. Cet achat inclut aussi un accompagnement technique, avec un ingénieur pour le montage et la maintenance.
Cette autonomie prend tout son sens dans des situations imprévues. Quand un champ est touché par un incendie en entre-coupe, la canne doit être coupée rapidement pour que les souches de cannes ne s’abiment pas. « Auparavant, une location en urgence était nécessaire pour intervenir. Aujourd’hui, nous avons la capacité d’agir directement avec nos propres machines », explique Jacques-Edgar. Au-delà de ce cas précis, l’objectif reste de terminer la coupe dans les temps et d’être capable de tout couper avec les volumes de cannes qui augmente d’année en année.
Ce changement a aussi un effet concret sur certains postes. Quatre employés qui travaillaient au garage retrouvent leur métier d’origine grâce à ces machines, deux comme opérateurs sur la coupeuse et deux comme chauffeurs sur les tracteurs. Un service après-vente accompagne cette reprise : un opérateur, venu spécifiquement dans ce but, assure leur formation sur toute la durée de la coupe, soit cinq mois.
La collaboration avec CEAL se poursuit bien sûr, avec un contrat de 120 000 tonnes par an. Tout excédent de production sera désormais coupé par nos propres équipes. Une fois la coupe terminée, les nouvelles machines pourront aussi servir à d’autres activités du pôle, notamment à la coupe de boutures pour les plantations. Quant aux tracteurs, ils seront également utilisés en entre-coupe pour l’épandage d’engrais et d’autres activités de diversification.
L’organisation sur le terrain, du bureau jusqu’aux champs
Avant que la campagne démarre, une réunion d’analyse et d’opération réunit les responsables pour établir de la marche à suivre. Ceci sert à déterminer la séquence de coupe et l’estimation du tonnage pour chaque champ. Chaque semaine les responsables de coupe font leur bulletin, ce qui permet d’analyser les résultats des champs récoltés.
Ce travail repose sur une coordination d’équipe. Jacques-Edgar apporte l’analyse technique des champs et met en œuvre le planning et le positionnement des machines. Andrew Tranquille, Sugarcane Operations Manager, supervise l’ensemble des activités liées à la coupe. Sur le terrain, Sophie Mootealoo et Mudassir Hossunnally, assistants des deux régions, encadrent les équipes au quotidien.
Les informations redescendent ensuite jusqu’aux surveillants, un par machine, soit quatre au total. Chacun encadre trois hommes sur sa zone : deux accompagnent la coupeuse au champ pour surveiller les obstacles comme les colonnes électriques ou les systèmes d’irrigation, tandis qu’un autre, positionné à la zone de chargement, s’assure que les caisses soient bien placées et correctement remplies.

Sur chaque parcelle, la coupeuse avance dans les rangs et dépose la canne coupée dans un infield, une benne qui la suit dans les champs. Deux infields (véhicule qui transporte la canne coupée à l’intérieur du champ, jusqu’à la zone de chargement des camion) travaillent en alternance avec chaque coupeuse, l’un prenant le relais pendant que l’autre est déchargé, pour ne jamais interrompre la cadence.
Une fois chargée, la canne prend la route de l’usine, un trajet assuré par Velogic, notre partenaire de transport. Chaque voyage est accompagné d’un billet d’envoi transmis au surveillant concerné, avec toutes les informations nécessaires au suivi : le nom du champ, la région où la canne a été coupée, les machines utilisées, le numéro du véhicule transportant la canne. Ce document permet aussi de contrôler le poids de chaque benne dès son arrivée à la balance.
Vers plus d’indépendance, avec un œil sur 2027
Le tonnage récolté ne détermine pas seulement le rythme des billets d’envoi, il conditionne aussi les revenus de la saison. La récolte rapporte par trois canaux : le sucre, la bagasse et la mélasse, le sucre restant celui qui paie le plus par tonne. Plus le tonnage est élevé, moins le coût du transport et les frais liés à la coupe sont onéreux.

Une fois la canne coupée, la préparation du prochain cycle commence déjà. Dans certains champs, la paille sur les fossés est enlevée rendant l’engrais liquide appliqué plus efficace. « À l’origine, cette pratique servait uniquement à diminuer le taux d’humidité en partie haute pour éviter que les souches ne pourrissent », précise Jacques-Edgar. Une seule opération qui répond aujourd’hui à deux besoins agronomiques distincts.
Cette même logique d’efficacité oriente la suite. L’ambition est de renforcer, au fil des années, la capacité d’intervention propre au pôle. En 2027, l’acquisition d’une planteuse et d’un infield de plantation est prévue, pour étendre la mécanisation à l’étape de la plantation elle-même.